baptême des cloches de l’église de Gambsheim, 22 février 1959. © Archives départementales du Bas-Rhin

Décembre 2016 - société de reconstruction des églises

Les archives versées par la Société coopérative de reconstruction des églises et édifices religieux catholiques du Bas-Rhin sont désormais classées et communicables en salle de lecture.

Le 26 janvier 2016, les Archives départementales du Bas-Rhin ont collecté, dans le grenier de l’association Caritas, située au 5 rue Saint-Léon à Strasbourg, les archives de la Société coopérative de reconstruction des églises et édifices religieux catholiques du Bas-Rhin. Ces archives, couvrant la période 1945-1970, ont été traitées et identifiées et sont désormais librement consultables en salle de lecture. D’un volume total de 27,9 mètres linéaires pour 312 articles, ce fonds est essentiellement constitué des documents produits lors de la réalisation des missions de reconstruction de la coopérative.

Histoire de la Société coopérative

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Etat priorise la reconstruction des industries et des bâtiments d’habitation. Cependant, « pour organiser au mieux la reconstruction des églises, tant au point de vue administratif que financier et pratique, l’Etat suscite la création d’organismes relais, les associations syndicales ou les coopératives de reconstruction »[1]. C’est dans ce cadre que s’inscrivent la naissance et le fonctionnement de la Société coopérative de reconstruction des églises et édifices religieux catholiques du Bas-Rhin.

Jules Billing, directeur diocésain des œuvres sociales et charitables depuis 1933, est l’un des principaux fondateurs, en mars 1945, du Groupement social des victimes de la guerre et des sinistrés d’Alsace, au sein duquel il occupa également les fonctions de secrétaire. Cette association, de statut laïc, est étroitement liée à l’Eglise. C’est d’elle que naît, à partir de 1945, l’Œuvre des églises dévastées, qui devint ensuite le Groupement des églises et édifices religieux sinistrés du diocèse de Strasbourg. Le groupement fut ensuite divisé en deux coopératives, pour chacun des départements alsaciens. La Société coopérative de reconstruction des églises et édifices religieux catholiques du Bas-Rhin, présidée par Jules Billing, a reçu l’agrément du ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme le 13 mai 1949, en application de la loi 48-975 du 16 juin 1948 instituant les coopératives de reconstruction.

La coopérative avait pour but de « relever de leurs ruines matérielles nos églises et édifices culturels pour apporter ainsi [sa] part au redressement et au relèvement spirituel de notre pays »[2] et de décharger les communes et fabriques d'église des modalités techniques et financières de la Reconstruction.

Les ressources financières dont disposait la société coopérative avaient une triple origine :

  • les indemnités et dommages de guerre alloués par le ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, pour la part la plus importante ;
  • les fonds de trois emprunts nationaux réalisés pour les églises par le Groupement emprunteur de reconstitution ;
  • les versements de propriétaires pour les travaux exécutés à leur demande et dépassant le montant de l’indemnité allouée.
  • Pour le compte de ses membres, la société coopérative procédait à toutes les opérations liées à la reconstruction des églises et édifices religieux sinistrés, notamment :
  • la préparation des dossiers administratifs et techniques;
  • l’évaluation les dommages;
  • l’établissement des projets des travaux de réparation et/ou de reconstruction;
  • la surveillance des chantiers et le paiement des travaux.

Le 27 avril 1966, la société coopérative célébrait son assemblée de clôture. En tout, 104 églises, 22 presbytères et 48 autres bâtiments (chapelles, maisons de sœurs, salles des fêtes, instituts, orphelinats, écoles) ont été partiellement ou entièrement reconstruits.

Présentation du fonds d’archives

L’essentiel des documents se présente sous forme de dossiers, classés par ordre alphabétique des communes, puis par bâtiment. Un dossier-type contient les appels d’offres, dossiers de marché, décisions administratives, permis de construire, rapports, factures, ordres de paiement, quelques photographies et de la correspondance, ce qui permet d’étudier de manière individuelle et précise le processus de reconstruction de chaque bâtiment. Parmi eux, sept églises strasbourgeoises (Sainte-Jeanne-d’Arc, Saint-Etienne, Sacré-Cœur, Saint-Bernard, Sainte-Madeleine, Saint-Pierre-Le-Jeune, Saint-Vincent-de-Paul), ont été reconstruites partiellement ou en totalité par la Société coopérative. On trouve également des archives relatives à la reconstruction d’autres bâtiments que les églises, comme par exemple l’école des garçons et l’orphelinat Willerhof de Hilsenheim, ou l’orphelinat Saint-Joseph d’Ebersmunster.

A ces documents techniques, qui constituent l’essentiel du versement, s’ajoutent quelques archives relatives aux actions caritatives, mais aussi culturelles et commémoratives, réalisées en partenariat avec d’autres organismes, tels que le Secrétariat social d’Alsace. En 1957, la Société coopérative a notamment organisé une exposition sur les édifices cultuels reconstruits en Alsace. Le fonds contient la liste des personnalités invitées ainsi que quelques photographies de l’exposition.

Enfin, deux dossiers concernent la réquisition et la restitution de matériaux pour l’effort de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce sont notamment les tuyaux des orgues et les cloches qui ont été enlevés des églises et en grande partie fondus.

Ce fonds apporte de nombreuses informations inédites sur la reconstruction des églises catholiques au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans tout le département du Bas-Rhin comme à Strasbourg, déclarée « ville sinistrée » en 1947 et qui bénéficie d’un plan global de reconstruction[3]. Il vient également compléter de manière très utile les sources consacrées aux édifices relevant des Monuments historiques et les dossiers techniques conservés dans les archives des communes, du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme ou de la Préfecture.

Bibliographie

BOURGEOIS, Vital, « Reconstruction et aménagement des églises », Bulletin ecclésiastique du diocèse de Strasbourg, n° 66, 1947, pp. 76-82.

« Coopératives de reconstruction et de reconstitution des églises sinistrées du diocèse », Bulletin ecclésiastique du diocèse de Strasbourg, n° 68, 1949, pp. 81-82.

La reconstruction des églises dans le Bas-Rhin : société coopérative de reconstruction des églises et édifices religieux catholiques du Bas-Rhin, Strasbourg, 1971. Cette brochure comprend un recueil de photographies illustrant un grand nombre de réalisations de la Société coopérative.

La Voix des sinistrés d’Alsace, n° 6, janvier 1947, pp. 47-48, avec la publication de la liste des représentants du Groupement social dans les commissions de reconstruction, commissions départementales comme commissions locales. Ces représentants rendent aussi régulièrement compte de leur travail dans ce périodique.

LEFORT, Nicolas, « "Rendre à l’Alsace son beau visage" : la reconstruction des monuments historiques après 1945 », Revue d’Alsace, n° 142, 2016, pp.139-181. Cet article n’évoque pas le travail de la Société coopérative mais mentionne quelques églises détruites et reconstruites après la Seconde Guerre mondiale, notamment à Herrlisheim et Strasbourg.

MAURER, Catherine, « Reconstruction et construction d’églises à Strasbourg et en Alsace au milieu du XXe siècle : un espace pour l’expertise urbaine dans le monde catholique ? », Chrétiens et sociétés [En ligne], n° 21 | 2014, mis en ligne le 25 février 2015, consulté le 10 novembre 2016. URL : https://chretienssocietes.revues.org/3670

WINNIGER, Paul, Art sacré et nouvelles églises en Alsace de 1945 à la fin du siècle, Strasbourg, 1994.

Sources complémentaires aux Archives départementales du Bas-Rhin

Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme

1998 W.- Plans topographiques du MRU Bas-Rhin dressés entre 1946-1953, relevé alphabétique par communes (221 plans).

Bureau des cultes des départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle

152 AL.- Traitements, pensions, secours, organisation des paroisses, dons et legs, formation des représentants du culte, construction et entretien d'églises et de presbytères, administration financière. 1945-1963

164 AL.- Traitements, pensions, secours, organisation des paroisses, dons et legs, formation des représentants du culte, construction et entretien d'églises et de presbytères, administration financière ; situation des cultes entre 1941 et 1944 à Périgueux. 1941-1972

1643 W.- Ministres des cultes, aumôniers militaires, dossiers de pensions, secours. Dépenses, contrôle des engagements. Constructions et réparations des édifices cultuels et presbytères, subventions de l'Etat. 1950-1991

1780 W.- Pensions des ministres des cultes et des employés des autorités ecclésiastiques: dossiers nominatifs (1950-1993) ; édifices cultuels : constructions et réparations (1956-1981). 1950-1993

Noémie Merieau, le 18 novembre 2016



[1] Céline Frémeaux, « La construction d’églises dans la seconde moitié du xxe siècle : une affaire d’État ? », dans Robert Vandenbussche (dir.), De Georges Clemenceau à Jacques Chirac : l’État et la pratique de la loi de Séparation, Lille, IRHiS-CEGES-Université Lille III, 2008, p. 168.

[2]La reconstruction des églises dans le Bas-Rhin : société coopérative de reconstruction des églises et édifices religieux catholiques du Bas-Rhin, Strasbourg, 1971, p. 7.

[3] Une ville en transformation et préservée (depuis 1945), [en ligne], consulté le 6 décembre 2016. URL : http://www.strasbourg.eu/developpement-rayonnement/urbanisme-logement-amenagement/la-formation-du-territoire/histoire-ville-quartiers-communes/etapes-formation-territoire/une-ville-en-transformation-et-preservee-depuis-1945

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  • baptême des cloches de l’église de Gambsheim, 22 février 1959. - © Archives départementales du Bas-Rhin
  • église de Niederschaeffolsheim, [1945]. - © Archives départementales du Bas-Rhin