Pillage de l'Hôtel de Ville de Strasbourg Strasbourg le 22 juillet 1789, gravure sur cuivre en couleur, Devere, 1789. © Archives départementales du Bas-Rhin.

Décembre 2015 : Entrée de la collection Chevalier et d’autres cartes et estampes isolées

Les Archives départementales du Bas-Rhin ont acquis récemment un ensemble de 83 cartes et estampes anciennes issues de la collection Chevalier, mise en vente par un marchand d’estampes allemand en 2014 et 2015.
Cette collection d’estampes concerne l’Alsace et la Lorraine. Elle comptait au total, avant sa mise en vente, plus de 900 pièces allant de la deuxième moitié du XVIe siècle au début du XXe siècle.

Les Archives départementales du Bas-Rhin ont décidé d’acquérir partie de ces estampes. En règle générale, le principe de respect des fonds prévaut lors de l’entrée de documents dans un service d’archives : un fonds d’archives, produit par une même personne physique ou morale dans le cadre de ses activités, est appelé à être conservé dans son intégrité et à ne pas être démembré, pour ne pas en gêner la compréhension.

Face à une collection, c’est-à-dire à un ensemble plus ou moins disparate de documents d’origine diverse, dont l’unité tient à la seule personne du collectionneur, il est possible de procéder à une sélection de pièces, la conservation partielle des pièces d’une collection ne nuisant guère à l’intelligibilité de chacune. S’agissant de la collection Chevalier, la sélection des pièces s’est faite sur trois critères.

Tout d’abord un critère territorial : la sélection s’est portée sur les pièces se rapportant à tout ou partie du territoire actuel du Bas-Rhin – ou de l’Alsace pour les cartes à plus grande échelle. On voit ainsi se dessiner une évolution des limites du territoire bas-rhinois ou alsacien : des villes, aujourd’hui en territoire allemand, étaient perçues comme faisant partie intégrante de l’Alsace.

Ensuite, l’intérêt documentaire des pièces a prévalu sur des considérations esthétiques : les vues de faible valeur informative, comme certaines vues romantiques de paysage, ont ainsi été écartées, leur intérêt patent pour l’histoire de l’art ne recoupant pas celui d’autres disciplines historiques ; de même, des estampes d’anonymes et de graveurs peu connus côtoient les œuvres de maîtres à la renommée artistique établie. Ces sources supposent un travail critique spécifique de l’historien, permettant d’affiner le crédit qu’on peut leur accorder et de réorienter l’intérêt qu’on peut leur porter. On a pu constater ainsi qu’un même dessin gravé avec un titre différent pouvait être utilisé pour illustrer des batailles qui se sont déroulées en des temps et des lieux bien différents, sans rapport les uns avec les autres [1] ; cet exemple rappelle que la critique de ces sources iconographiques ne peut donc pas faire l’économie d’une étude des conditions de production, d’édition, de circulation et de réemploi des images ; plus exactement, l’étude de ces estampes peut éclairer au moins autant sur l’évolution des processus passés de création et d’usage des images que sur les anciens états des territoires représentés. Afin de rendre ces études possibles, aucune forme particulière de gravure n’a été privilégiée : les pièces sélectionnées sont constituées aussi bien d’épreuves isolées et indépendantes destinées directement à la diffusion que de vues extraites ou destinées à des ouvrages.

Enfin, dernier critère de sélection des pièces de la collection : par souci de bonne gestion des deniers publics, on a évité l’achat de pièces déjà présentes dans des collections patrimoniales publiques locales et portées à la connaissance du public. Des estampes dont un exemplaire est déjà disponible dans les collections de la Bibliothèque nationale universitaire de Strasbourg ont ainsi, notamment, été écartées de façon délibérée.

Le travail de sélection a ainsi retenu, parmi les pièces disponibles à la vente, des cartes topographiques à grande échelle, mais aussi des vues, en noir ou en couleurs, de villes fortifiées (y compris des vues perspectives), des plans de bataille, des édifices publics et religieux (églises, abbayes), des porte-drapeaux, quelques scènes populaires ou de la vie quotidienne. Parmi les pièces acquises, on trouvera des vues en rapport, à un titre ou à un autre, avec les communes d’Andlau, Benfeld, Dachstein, Entzheim, Fort-Louis, Haguenau, Ittenheim, Lichtenberg, Molsheim, Neuviller-lès-Saverne, Saverne, Sélestat, Soufflenheim, Strasbourg, Wasselonne et Wissembourg.

S’étendant sur environ trois siècles et demi (depuis la moitié du XVIe siècle pour les premières jusqu’en 1892 pour la dernière), les pièces sélectionnées reflètent l’éventail des principales techniques d’exécution développées sur cette période : gravures sur bois, tailles-douces, lithographies, en noir ou en couleurs, mais aussi quelques dessins et plans à la plume, quelquefois aquarellés ; elles montrent par ailleurs à quel point l’Alsace a pu susciter l’intérêt des cartographes, dessinateurs et graveurs d’origine très diverse : on y trouve naturellement des auteurs allemands et français, mais aussi des auteurs suisses, britanniques, hollandais, italiens, …

En dehors de cette collection, 38 pièces isolées ont également été acquises à cette occasion, selon les mêmes principes de sélection, constituées de cartes à grande échelle du Bas-Rhin et de l’Alsace ainsi que de vues se rapportant à Fort-Louis, Haguenau, Orschwiller, Ottrott, Saverne, Schweighouse-sur-Moder, Sélestat, Seltz, Strasbourg et Wissembourg.

La collection Chevalier comme les estampes isolées sont actuellement en cours de traitement pour pouvoir être prochainement mises à la disposition du public.

Thomas Friederich, décembre 2015



[1] Avantages remportés par le Maréchal de Coigny à Weissembourg [sic] le 5 juillet 1744 : gravure sur cuivre (auteur non identifié) [1744]. Cette gravure, non acquise, puisque déjà disponible dans les collections de la Bibliothèque nationale universitaire de Strasbourg (http://www.numistral.fr/ark:/12148/btv1b10203202w/f1.item) est identique, au titre près, à une autre, intitulée Battaglia di Chiari dell'1 settembre 1701, conservée à la Pinacothèque Repossi à Chiari (Lombardie, Italie, http://www.lombardiabeniculturali.it/stampe/schede/3y010-02676/). Cette dernière gravure, datée de 1735 et identifiée comme étant l’œuvre du graveur Claude Duboscd’après un dessin d’A. Benoist,représente une bataille de la guerre de succession d’Espagne, qui s’est déroulée dans le nord de l’Italie. Elle est extraite d’un ouvrage de de John Campbell, The military History of the late prince Eugene of Savoy and of the late John Duke of Marlborough, including a particular description of the several battles, sieges, etc. in which either or both those Generals commanded : collected from the best authors in all languages ..., publié en 2 volumes à Londres en 1736-1737.

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  • Plan de la bataille d'Ensheim donnée le 4 d'octobre 1674 entre l'armée de France commandée par le vicomte de Turenne et l'armée impériale commandée par le duc de Bournonville, Antoine Coquart, gravure sur cuivre, vers 1674. - © Archives départementales du Bas-Rhin.
  • Strasbourg, après le bombardement du 14 août au 28 septembre 1870. Dressé par M. Bourrit, architecte, et lithographié par E. Simon, plan de situation, 1874. - © Archives départementales du Bas-Rhin.
  • Vue d'ensemble animée avec cathédrale en arrière-plan, estampe en couleur, Strasbourg vers 1825. - © Archives départementales du Bas-Rhin
  • Château de Wasslen, assiegé le 22 d´Octobre 1674 par les Brandebourgeois, Chevalier de Beaurain et Alving, 1781, gravure sur cuivre en noir et blanc. - © Archives départementales du Bas-Rhin
  • Extra de : F. J. J. Von Reilly, Ignatz Albrecht, Schauplatz der Fünf Theile der Welt, gravure sur cuivre en couleur, Vienne 1792. - © Archives départementales du Bas-Rhin.