Croquis du projet de diplôme de C. G Stoskopf intitulé « Une Folie », prix Guadet de l’École nationale des Beaux-Arts en 1935 (60 J 5-8) © Archives départementales du Bas-Rhin

Sous-série 60 J (1918-2002)

Les Archives départementales du Bas-Rhin mettent à disposition de leurs lecteurs un nouvel instrument de recherche sur les archives personnelles de Charles-Gustave Stoskopf (1907-2004), architecte, dramaturge et artiste peintre alsacien, fils de Gustave Stoskopf (1869-1944).

Le don aux Archives départementales du Bas-Rhin

Les Archives départementales ont accueilli dès 1988, à l’initiative de Charles-Gustave Stoskopf, un premier ensemble d’archives provenant de son agence d’architecture à Strasbourg (sous-série 67 J). Un petit ensemble d’archives personnelles, composées de mémoires et de quelques plans et documents figurés, ont fait l’objet de nouveaux dépôts matériels par l’architecte, en 1989 et 1995. Mais c’est en 2015 que l’historien Nicolas Stoskopf, fils de Charles-Gustave, a souhaité confier aux Archives départementales un ensemble beaucoup plus conséquent d’archives provenant de son père. Ce sont ces documents personnels, classés dans la sous-série 60 J, qui sont désormais munis d’un inventaire détaillé et complet[1]. Ils sont librement communicables sous réserve de respecter les droits d’auteur liés à certaines pièces.

Repères biographiques

Les parcours professionnel et artistique de Charles-Gustave Stoskopf sont bien connus[2]. Après des études à l’école régionale d’architecture de Strasbourg, à partir de 1924, puis à l’école des Beaux-Arts à Paris, Charles-Gustave Stoskopf remporta en 1933, le second Grand-Prix de Rome sur le thème « Une église de pèlerinage ». En 1935, sa formation à Paris, fut couronnée par le prix Guadet, qui récompensait le meilleur diplôme de l’année, pour un projet qualifié « d’avant-garde » et intitulé « Une Folie ».

Sa carrière d’architecte démarra véritablement lors de la Reconstruction d’après-guerre pour des projets d’urbanisme à Montier-en-Der en Haute-Marne, puis à Belfort. Ces deux succès lui valurent d’obtenir la charge d’urbaniste et d’architecte en chef de la Reconstruction pour le secteur de Colmar, fortement endommagé par les combats de l’hiver 1944-1945. Il fut chargé ainsi de la reconstruction des communes d’Ammerschwihr, Bennwihr, Mittelwihr et Sigolsheim. Charles-Gustave Stoskopf fut amené aussi à jouer un rôle décisif dans les secteurs sinistrés de Strasbourg. C’est lui qui défendit et imposa la « Grande-Percée », un projet de modernisation du centre historique de Strasbourg. Nommé en 1949 architecte-conseil de l’Etat pour la région Alsace, il supervisa les projets des deux départements pendant vingt-huit ans.

En parallèle, Charles-Gustave Stoskopf s’orienta vers l’enseignement et exerça les fonctions de directeur de l’école d’architecture de Strasbourg, de 1949 à 1967.

Il créa enfin deux agences d’architecture à Colmar et Strasbourg, en 1951 et en 1952, et fonda une dernière agence à Paris en 1956. Celles-ci comptèrent au plus fort de leur activité, près de quatre-vingts employés et collaborateurs. Elles fermèrent leurs portes en 1982, lorsque Charles-Gustave Stoskopf mit fin à sa carrière d’architecte.

Trois projets strasbourgeois ont fait la renommée de l’architecte : l’achèvement de la « Grande percée » avec l’agrandissement de la place de l’Homme de fer et la construction de la tour attenante, les groupes de logements sociaux du quai des Belges et le quartier de l’Esplanade.

Charles- Gustave Stoskopf réalisa des projets sur tout le territoire français dont on retiendra quelques dossiers majeurs : de vastes ensembles d’habitation en région parisienne, à Bondy (Seine-Saint-Denis), au Vernouillet (Yvelines) et surtout à Créteil-Mont-Mesly et Créteil-Montaigut (Val de Marne) ; il construisit également des hôpitaux, comme à Sélestat ou Dunkerque, et des édifices religieux comme la cathédrale de Créteil ou les églises de Bobigny et Poissy.

Tout au long de sa vie, Charles-Gustave Stoskopf a mené de front sa carrière d’architecte et ses activités de peintre, écrivain et auteur dramatique. A la suite de la réalisation des décors de Don Giovanni, en 1938, il travailla pour le cinéma pendant la guerre, puis fut chargé dès la création du Centre dramatique de l’Est, à Colmar, de concevoir et réaliser les décors et les costumes de diverses pièces. Comme peintre paysagiste, Charles-Gustave Stoskopf monta un grand nombre d’expositions à l’Ancienne Douane, à Strasbourg, de 1977 à 1991.

Il convient de souligner l’importance de son œuvre littéraire. En 1951, le Théâtre alsacien, à Strasbourg joua une de ses premières pièces « Harmonie un Concordia », mise en scène par Germain Muller et considérée comme un nouveau départ de la littérature dialectale alsacienne. Le Barabli monta également « Der Fodell Voltaire » en 1972, et Tony Troxler, « Im Hektor sinner Dod », à Mulhouse en 1986. Charles-Gustave Stoskopf est l’auteur d’une vingtaine de nouvelles et de récits, essentiellement des satires à l’humour grinçant, pour la plupart publiés dans la Revue alsacienne de littérature.

Eléments sur le contenu du fonds

Si les dates extrêmes du fonds s’étendent de 1918 à 2002, les archives illustrent surtout les années 1950 à 1980.

Contrairement aux fonds classiques d’architecte qui contiennent principalement des dossiers techniques, le fonds 60 J est constitué avant tout d’archives « personnelles » d’un architecte de renom : des mémoires, des travaux de jeunesse, des dossiers sélectionnés pour leur intérêt technique et historique, complétés par des documents sur les activités parallèles d’écrivain et d’artiste de Charles-Gustave Stoskopf. Le fonds renferme également quelques archives provenant des agences de Paris, Strasbourg et Colmar mais celles-ci sont très lacunaires.

L’intérêt de ce fonds réside tout particulièrement dans les réflexions et commentaires de l’architecte, témoignages de première main sur des événements historiques comme la Reconstruction après-guerre et sur des réalisations qui s’inscrivent dans l’urbanisme transformé des années 1950-1960. Le propos y est libre, non dénué d’humour et d’ironie, et certaines personnalités en sortent quelque peu « égratignées ».

La correspondance de Charles-Gustave Stoskopf se rapporte surtout à ses activités d’architecte et de façon plus négligeable à ses fonctions de directeur de l’École régionale d’architecture de Strasbourg ou à ses réalisations artistiques. Elle contient de nombreux échanges avec des architectes français et étrangers, des hommes politiques et d’autres personnalités françaises et alsaciennes.

Les archives des agences contiennent surtout des informations sur leur gestion financière et sur les salariés, ainsi que sur leur fermeture dans les années 1980. Ces archives complètent le fonds coté 67 J qui rassemble principalement les dossiers administratifs et techniques de l’agence de Strasbourg, de 1951 à 1988.

Mais l’apport le plus original du fonds reste d’une part, les publications sur l’architecte et ses réalisations (hommages, conférences, monographies et articles), et d’autre part les nombreux documents sur les créations artistiques et littéraires de Charles-Gustave Stoskopf, tout spécialement pour le théâtre alsacien de la seconde moitié du XXe siècle.



[1] Répertoire numérique détaillé réalisé par Zian Koch, étudiant en master MECADOC de l’université de Haute Alsace, sous la direction de Marie-Ange Duvignacq, conservatrice du Patrimoine.

[2] Cf. la bibliographie proposée dans l’inventaire dont les travaux de Gauthier Bolle : « Un acteur de la scène professionnelle des Trente Glorieuses, de la Reconstruction aux grands ensembles : l’architecte alsacien Charles-Gustave Stoskopf (1907-2004) », Revue d’Alsace, n° 141, 2015, p. 409-420 ; « Reconstruire les paysages urbains et ruraux d’Alsace après 1945 », Revue d’Alsace, n° 142, 2016, p. 117-138 ; «Charles-Gustave Stoskopf, 1907-2004, architecte : les Trente Glorieuses et la réinvention des traditions», Rennes, 2017 ; « Postures d'un architecte à l'épreuve des Trente Glorieuses : l'action et le discours de C.-G. Stoskopf, entre disparition, permanence et effacement », Cahiers thématiques, n° 16, février 2017, p. 33-41. Voir aussi : Nicolas Stoskopf, « Gustave Charles, dit Charles-Gustave, Stoskopf », Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 36, 2000, p. 3792-3793.